Kim Yam Road, à quelques pas de New Bahru.
Derrière la façade d’une ancienne shophouse, chargée d’histoire et de caractère, s’ouvre un voyage inattendu : celui qui nous mène jusqu’aux paysages du Berguedà, la région catalane dont est originaire Berni Puig.
Avec Behind the wall, there is a landscape, à voir chez JW Projects du 14 novembre au 12 décembre, l’artiste signe sa première exposition en Asie, et hors d’Espagne, et nous invite dans un univers tout entier consacré au dialogue entre architecture et paysage.

Des murs de la Catalogne rurale aux galeries de Singapour
Berni Puig a commencé comme muraliste. Il réalisait des études chromatiques des paysages de sa région, puis les peignait sur des constructions abandonnées, réintégrant ainsi l’architecture au paysage comme un élément parmi d’autres. Ses recherches l’ont ensuite conduit vers le strappo, une technique traditionnellement employée pour transférer les fresques des églises romanes vers les musées. Par ce geste, il prélève la peau des murs de ces bâtisses oubliées, et avec elle leur histoire et leur mémoire, pour en faire le support même de sa peinture. « L’arrachement est un geste ambivalent, explique-t-il. Il implique une perte, mais aussi un soin ; un transfert de la mémoire. »
Derrière le mur, une ligne d’horizon
Les murs présentés ici proviennent d’un bâtiment de Cal Rosal, abandonné depuis les années 1990, près de l’atelier de l’artiste. Sous plusieurs couches de peinture apparaissent des murs des années 1960-1970, peints en deux tons : une couleur plus sombre en bas, une plus claire en haut. « Chaque fois que j’entrais dans ces pièces, j’avais la sensation d’être à l’intérieur d’un tableau de Rothko, dans un paysage abstrait et synthétique en deux couleurs », raconte-t-il. Cette séparation devient pour lui la ligne d’horizon d’un paysage, et donne son titre à l’exposition : derrière le mur, il y a un paysage.
Quand la couleur fait renaître le paysage
Ce qu’il peint ensuite s’inscrit dans cette continuité. L’artiste cherche à représenter le paysage qui s’étend réellement au-dehors de la maison, en revenant à ces études chromatiques qui caractérisent son travail. Avec des pigments naturels, liés par les mêmes produits que ceux de la peinture murale de l’époque, il schématise les éléments du paysage : des arbres, des rochers, des fleurs. À travers une grille de couleurs estompées, travaillées à l’eau et au feu, Puig donne vie à ce paysage. « Parfois je retourne le tableau, je le plonge dans la baignoire ou je le brûle, jusqu’à ce qu’il me surprenne, ou que je trouve le paysage que je cherchais. » Sa peinture est une recherche en mouvement : dans la nature, la couleur change avec la lumière, la terre et le passage du temps, et l’artiste veut que ses toiles portent la trace de cette même évolution.


Une mémoire ravivée et partagée
Au terme du parcours, deux grandes toiles reconstituent une chambre de Cal Rosal. La pratique de Berni Puig rend hommage à ce qui a été oublié, recouvert par le temps. Elle redonne une place à la mémoire de ces lieux et les transforme en un nouveau lieu de passage, où l’on devine un horizon et tout ce qui fait vivre un paysage : un écosystème à part entière.
C’est avec Ariès Bureau, la structure que j’ai fondée à Singapour pour faire voyager et dialoguer les pratiques artistiques entre l’Europe et l’Asie, que j’ai eu le plaisir d’assurer le commissariat et la production de cette exposition. Faire découvrir ici le travail de Berni Puig, dans une shophouse qui dialogue si naturellement avec ses murs catalans, en est une belle illustration.
Adèle Ariès
Infos pratiques
Behind the wall, there is a landscape – Berni Puig
Du 14 novembre au 12 décembre 2026
JW Projects, 3 Kim Yam Road, #01-01, Singapour
Horaires : de 11h à 18h, de mercredi à samedi
Entrée libre
Vernissage : 14 novembre de 17 à 20h, ouvert au public























