À Singapour, l’ennui est-il devenu subversif ?

Le plaisir de l'ennui et du temps libre à Singapour.

Après l’effervescence de la rentrée, je me retrouve seule avec mon café du matin et… je respire!! Et si cette année j’acceptais de ne rien faire, de buller, de simplement laisser libre cours à l’ennui?

Ça y est, les enfants sont rentrés, tous déçus de leur emploi du temps, des profs, des copains de classe, ou de tout ça à la fois.

Le tourbillon du choix des feuilles à grands carreaux, des AES, des problèmes de bus, done ✅

Le conjoint, qui a retrouvé sa routine, ses emmerdes, done ✅

Et moi dans tout ça?

Bzzz bzzz, tiens, encore une énième notification de groupe sur mon téléphone: « Qui vient à l’event machin? » « Je propose des super séances de truc » « Avez-vous pensé à inscrire vos enfants à … »…

Je suis fatiguée de toutes ces sollicitations alors que je viens à peine de rentrer… Je me sens agressée, même. Après 3 semaines de « vacances » passées en collectivité à devoir gérer les besoins des petits et des grands (parents), j’ai juste envie de me réfugier dans ma coquille et qu’on me laisse tranquille.

Et pourquoi j’ai l’impression d’être une mère indigne quand je compare les activités extrascolaires des enfants des autres aux miens? Pour les premiers: ballet, violon, arts plastiques, escalade, robotique, un de ceux-là ou tous ceux-là en même temps. Et pour les miens? Playground, balade, temps libre dans les chambres pour jouer aux jeux restés dans les placards depuis Noël et, oserai-je le dire, ennui.

Oui, ennui, programmé même. Parce que je suis convaincue qu’il est bon de s’ennuyer. Mais devant le regard interrogateur de ma copine avec qui je partage ça, je doute. De retour à la maison, je sens le besoin de me rassurer sur mon bien-être mental. Serais-je sur une pente glissante de dépression à ne vouloir rien faire en embarquant mes enfants dans la chute??

Me voilà donc à pianoter sur mon IA préférée : « Dis Lia, rassure-moi : laisser mes enfants s’ennuyer, c’est de la maltraitance ou je peux continuer à boire mon café ? ».

Et là, miracle. Lia me déroule tout un argumentaire sur la créativité, l’autonomie, l’imagination, la capacité à trouver soi-même de quoi s’occuper… Les pédopsys et experts en psychopédagogie sont d’accord avec moi: « L’ennui chez l’enfant est un pilier fondamental de son développement psychologique et cognitif. Il développe ainsi une pensée divergente. Une simple boîte en carton devient un vaisseau spatial ou une cabane. Il invente ses propres règles de jeu. »

Ouf!

Merci Lia.

Me voilà officiellement autorisée à ne rien organiser.

Oh mais quel bonheur ce programme… Me voilà à rêver à une retraite zen, là, tout de suite, au milieu du salon… Et si je m’autorisais moi aussi ce temps off, dégagé de tout, sans objectif ni stimulation. Un temps à ne rien faire, rien de rien… ça me rappelle l’humour de Raymond Devos, « Rien de rien c’est déjà beaucoup »… Eh mais, ne serais-je pas déjà en train de « développer une pensée divergente » comme le dit Lia?

Ouh là attention, pensée divergente et Singapour ça ne fait pas bon ménage, l’ennui serait-il subversif?…

Finalement, cette année, mon activité extrascolaire préférée sera peut-être de n’en avoir aucune.

Laisser une case blanche dans l’agenda. Ne pas répondre tout de suite au groupe WhatsApp. Ne pas transformer chaque mercredi après-midi en opportunité de développement personnel pour mes enfants. Et peut-être même m’asseoir avec mon café sans podcast éducatif dans les oreilles, sans newsletter à lire et sans liste de choses à faire.

À Singapour, ça frôle peut-être déjà la rébellion.

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