Laissez-vous immerger dans un nouveau récit de Triton le trotteur, notre plongeur expérimenté et passionné d’aventures sous-marines. Cette fois il nous raconte une rencontre aquatique avec un banc, poétique et inspirante…
L’île de Koh Tao dans le golfe de Thaïlande
La Thaïlande, c’est vraiment un pays magnifique pour la plongée. Les sites sont extrêmement nombreux et les plongées sont souvent très tranquilles.
Comment y aller?
Pour se rendre à Koh Tao, depuis Singapour, vous avez plusieurs possibilités: une connexion à Bangkok, ou prendre un vol direct depuis Singapour pour Koh Samui.
C’est l’un des aéroports les plus sympathiques et charmants que je connaisse en Thaïlande. On atterrit sur le tarmac et on rejoint l’aérogare à bord de grandes voiturettes de golf. Les salles d’attente n’ont quasiment pas de murs, et c’est très fleuri.
À la sortie de l’aéroport, on trouve facilement un taxi, un Grab ou un minibus pour se rendre au nord de l’île.
Les ferries pour Koh Tao partent de plusieurs endroits. J’ai choisi la petite gare maritime de Mae San Tan appartenant à la
compagnie Lomprayah. On retire son ticket au guichet en échange d’une contremarque. Attention en haute saison, il est préférable de
l’acheter à l’avance sur internet.
Il faut deux heures de navigation, pour rejoindre l’île, même si ce n’est pas très loin. Le ferry fait un stop intermédiaire sur l’île de Koh Phangan qui est connue pour ses « full moon parties. »

A l’arrivée à Tao, il faut s’acquitter de 20 thaï Baths par personne pour entrer dans le parc national.
Vous pourrez trouver toutes sortes de logements sur l’île, de l’auberge pour backpackers au resort de grand luxe.
Comment y plonger?
C’est l’une des destinations où il y a la plus grande concentration de centres de plongée en Thaïlande. Les instructeurs et les guides sont français, anglais, allemands, italiens, chinois, coréens, taïwanais et…hélas très peu de Thaïlandais.
Les fonds marins autour de l’île sont très variés et vous pourrez facilement y débuter la plongée, visiter des petites épaves, observer
des récits coralliens, sûrement apercevoir des requins pointes noires, des tortues, des raies ou des poissons clowns cachés dans leur anémone.
Je plonge avec Aquatao. Antoine « DJ », le patron est une vieille connaissance, installé sur l’île depuis longtemps.
Le banc et l’arrière-ban
Ce jour-là, à peine immergé, je me retrouve face à un nuage sous-marin. Un horizon bouché par de petits poissons argentés.

Je suis au milieu d’un immense agrégat. L’eau semble être devenue soudainement compacte.
J’ai tout de suite pensé à ces grands murmures d’étourneaux se regroupant en volutes sombres dans le ciel clair de l’automne champenois.
Impossible de les dénombrer, impossible de les toucher, impossible de faire autrement que de les laisser passer.
Leur nombre était tel que la lumière s’assombrit brusquement quand ils passent au-dessus de moi. Telle une masse vivante en mouvement, ils se déplacent de concert vers une destination inconnue, sans chef d’orchestre.
« Un pour tous et tous pour un! » aurait crié un jeune Gascon impétueux
Tels des myrmidons aquatiques, j’observe une bande de jeunes barracudas affamés essayant de lancer des attaques rapides et désordonnées au milieu du banc. Ils tentent vainement de déstabiliser le groupe, afin d’isoler quelques imprudents qui n’auraient pas suivi les mouvements des autres. Rien d’efficace, ils ouvrent et ferment leurs monstrueuses gueules dans le vide.

Au milieu de cette gigantesque bataille sous-marine, on avait l’impression d’entendre les sardines crier joyeusement : « Dans l’eau » ou « Olé. »
Contrairement à ce que l’on peut croire, il n’y a pas de grand chef des poissons, qui décide de la politique à suivre, ni du positionnement de chacun, plus à gauche ou plus à droite, aucune hiérarchie pyramidale. On ne comprend pas très bien comment les bancs de poissons se déplacent de manière synchronisée sans se toucher. Ce phénomène impressionnant de « chorégraphie » aquatique repose sur des règles de
comportements propres à chaque espèce.


Il s’agirait plutôt d’une capacité de perception sensorielle aiguë. Les poissons semblent posséder des cellules sensorielles le long du corps, ils pourraient ainsi sentir l’onde du déplacement de l’eau créée par le poisson de l’extérieur et qui se répercute en cercles rapides dans le groupe. Un peu comme quand on jette une pierre dans l’eau. Ils n’auraient qu’à suivre le mouvement. Ils se déplacent ensemble dans la même vibration.
Toutes ces actions sont cohérentes et n’auraient donc pour seul but que de protéger les uns des autres. Des masses de poissons capables de se grouper, de s’écarter et de changer de direction en une fraction de seconde est un spectacle unique, à vivre au moins une fois dans sa carrière de plongeur sous-marin.
C’est l’un de mes souvenirs les plus poétiques.
T le t.






















