Fêtes de Tichri : Roch Hachana, Yom Kippour, Souccot et Simchat Torah au cœur de la communauté juive de Singapour

    Chaque année, selon le calendrier lunaire et solaire juif, le mois de Tichri (généralement en septembre-octobre) marque le début d’’une période de réflexion, de repentance et de renouveau spirituel. À Singapour, de nombreuses cultures et religions cohabitent. Ces fêtes de Tichri s’inscrivent discrètement mais pleinement dans le paysage multiculturel de la cité-État. Elles sont portées par une communauté juive dynamique et attachée à ses traditions. Environ 4000 juifs habitent à Singapour dont une trentaine de familles francophones.

    Tichri : un mois de fêtes majeures

    Tichri est le septième mois du calendrier juif. Mais il en marque symboliquement le commencement avec Roch Hachana, le « Nouvel An juif ». Ce mois concentre plusieurs célébrations fondamentales : Roch Hachana (1er et 2 Tichri), Yom Kippour (10 Tichri), Souccot (15-21 Tichri) et Simchat Torah (22 Tichri). Ces fêtes sont encadrées par dix jours de reflexion et repentance.

    La particularité est que l’année civile/religieuse commence à Tichri avec Roch Hachana. Alors que le mois de Nissan est considéré comme le premier mois dans la Torah.

    C’est pourquoi on peut parfois avoir l’impression que Tichri est le « premier mois » alors qu’il est traditionnellement le 7ᵉ mois.

    En 2026 (an 5787!), Roch Hachanah a commencé le vendredi 11 septembre au soir! Bonne année se dit « Chana Tova ».

    Roch Hachana : la « Tête de l’Année »

    Une fête du jugement et du renouveau

    Roch Hachana marque le début d’une période de dix jours consacrés à l’introspection, à la repentance et à la prière, culminant avec Yom Kippour.

    Le son du chofar : un appel au réveil spirituel

    Le rituel central de Roch Hachana est la sonnerie du chofar, une corne de bélier soufflée à la synagogue. Ce son puissant invite chacun à examiner ses actions de l’année écoulée et à s’engager dans une démarche d’amélioration.

    chofar à Singapour

    Des symboles gustatifs pour une année douce

    Une tradition emblématique de Roch Hachana consiste à tremper des tranches de pomme dans du miel, exprimant le souhait d’une année nouvelle douce et bénie. D’autres aliments symboliques sont consommés, comme la tête de poisson (pour être « à la tête » et non « à la queue ») ou des aliments ronds rappelant le cycle de l’année.

    Yom Kippour : le Jour du Pardon

    Yom Kippour, « Jour du Grand Pardon », est le jour le plus sacré du calendrier juif. Il conclut les dix jours de demande de pardon et repentance entamés à Rosh Hashana. Et offre l’opportunité d’obtenir le pardon divin pour les fautes commises. C’est l’occasion de remettre le compteur à 0.

    Un jeûne de 25 heures

    Yom Kippour est traditionnellement observé par un jeûne complet de 25 heures. Du coucher du soleil la veille jusqu’à la tombée de la nuit le jour même. 

    La cérémonie de clôture de Yom Kippour, appelée Neilah, se termine par une dernière sonnerie du chofar. La communauté se rassemble pour ce moment emblématique, suivi d’un repas festif de rupture du jeûne. Ce repas marque le retour à la vie quotidienne, empreint de joie et de soulagement.

    Souccot : la Fête des Cabanes

    Commémoration du désert et confiance en Dieu

    Souccot, la « Fête des Cabanes », dure sept jours et commémore la protection divine accordée aux Hébreux lors de leur traversée du désert après la sortie d’Égypte. Elle célèbre également la fin du cycle agricole annuel et la récolte

    La soukka : une habitation éphémère

    Pendant toute la durée de la fête, les fidèles construisent et habitent (au minimum prennent leurs repas) dans une soukka, une cabane provisoire dont le toit est recouvert de feuillage. Cette habitation précaire symbolise la fragilité de l’existence terrestre et la confiance totale en la protection divine. La plus grande soukka d’Asie du Sud Est est montée tous les ans à la synagogue Magasin Abot, sur Waterloo Street.

    Les Quatre Espèces : unité et diversité

    Chaque jour de Souccot (sauf le Chabbat), les fidèles prennent les Quatre Espèces : un étrog (agrume), une branche de palmier (loulav), trois branches de myrte (hadass) et deux branches de saule (arava). Ils récitent une bénédiction sur ces végétaux et les agitent dans les six directions (droite, gauche, avant, haut, bas et arrière), symbolisant l’unité du peuple juif dans sa diversité

    Simchat Torah : la Joie de la Torah

    Clôturer et recommencer le cycle

    Simchat Torah, littéralement « Joie de la Torah », marque la fin du cycle annuel de lecture de la Torah et le début immédiat d’un nouveau cycle. Cette fête, qui suit immédiatement Souccot, célèbre la Torah elle-même et la joie d’avoir reçu la loi divine.

    Mordechai Abergel, Grand Rabbin de Singapour

    Danses avec la Torah

    Le cœur de la célébration de Simchat Torah réside dans les danses avec les rouleaux de la Torah. Les fidèles sortent tous les rouleaux de l’arche sainte et dansent avec eux en les tenant contre leur poitrine, formant des cercles (hakafot). Ces danses joyeuses, accompagnées de chants et de musique, peuvent durer plusieurs heures.

    Une fête pour tous

    Simchat Torah souligne que la Torah appartient à tous, pas seulement aux érudits. Enfants et adultes participent aux réjouissances, et il est courant de donner aux plus jeunes l’honneur de porter un petit rouleau de Torah.

    Une communauté juive singapourienne dynamique

    Des traditions préservées

    La communauté juive de Singapour, bien que numériquement modeste, préserve avec soin ses traditions.

    Comme pour Pessah, les fêtes de Tichri sont l’occasion de transmettre l’histoire, les valeurs et l’identité juive aux générations suivantes. Les services incluent des moments adaptés aux enfants, et la communauté veille à accueillir ceux qui souhaitent découvrir ou redécouvrir ces traditions.

    Une fête qui transforme le quotidien

    Les fêtes de Tichri invitent chacun à un travail intérieur profond : examiner ses actions, demander pardon, et s’engager à devenir meilleur. Elles transforment le quotidien en une période de grâce, où la réflexion et la communauté se conjuguent pour ouvrir une nouvelle année sous de bons auspices.

    À Singapour, comme ailleurs dans le monde, ces célébrations rappellent l’universalité des thèmes de liberté, de confiance et de joie, tout en ancrant la communauté juive locale dans un héritage millénaire.

    Yaël

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