Dans quelques jours, Singapour célèbre Hari Raya. Vous l’avez sans doute remarqué dans le calendrier des jours fériés, ou peut-être avez-vous déjà aperçu les guirlandes dorées et les bannières vertes qui ornent les quartiers malais de la ville. Retour sur l’une des fêtes les plus colorées de l’année.
Qu’est-ce que Hari Raya ?
Hari Raya signifie littéralement « jour de célébration » en malais. De la même façon que le monde arabe parle de l’Aïd pour désigner les jours de fête. Hari Raya est un terme générique qui désigne les deux célébrations dans le calendrier musulman. Hari Raya Puasa également appelée Aidilfitri ou Eid al-Fitr est celle qui marque la fin du mois de Ramadan et célèbre el-Fitr, littéralement la « rupture du jeûne ».
Le mois de Ramadan est le neuvième mois du calendrier hégirien, le calendrier lunaire musulman. Ses mois durent 29 ou 30 jours, leur début étant déterminé par l’observation de la nouvelle lune. Sur le plan religieux, il correspond au mois durant lequel le Coran fut révélé au prophète Muhammad. Durant cette période, les musulmans jeûnent du lever au coucher du soleil, s’abstenant de manger, de boire et de fumer, et se recueillent davantage. C’est un temps de travail sur soi, de maîtrise des désirs et de reconnexion à la spiritualité. Hari Raya marque la clôture de ce mois d’effort et de discipline collective.
À Singapour, environ 15 % de la population est de confession musulmane, majoritairement d’origine malaise et indienne. Hari Raya est donc un jour férié officiel, célébré à l’échelle nationale.
Les célébrations le jour J

La journée démarre par une prière collective à la mosquée. La Solat Raya, qui réunit les fidèles en grand nombre : les mosquées organisent généralement deux ou trois sessions entre 7h15 et 9h20 pour accueillir l’affluence. D’autres lieux sont également mis à disposition pour l’occasion.
Après la prière vient le rituel central de la journée : demander pardon à ses aînés. Les musulmans échangent le vœu Selamat Hari Raya Aidilfitri, souvent accompagné de l’expression maaf zahir dan batin : « je vous demande pardon, en actes et en pensées ».
Les familles arborent pour l’occasion leurs plus beaux habits traditionnels, souvent coordonnés : les hommes portent le baju Melayu, les femmes le baju kurung, taillés dans des soies ou des batiks aux couleurs vives. La journée se déploie en visites aux parents et aux anciens, ponctuées de repas en famille. Les enfants, eux, reçoivent leur duit raya: les petites enveloppes offertes par les adultes contenant un billet, l’équivalent malais des red packets du Nouvel An chinois.
À table pour Hari Raya
Impossible de parler de Hari Raya sans évoquer sa cuisine. La fête est avant tout un festin.
Le plat emblématique, c’est le rendang : une viande : bœuf ou poulet, mijotée lentement dans un mélange de lait de coco, de citronnelle, de galanga et d’épices, jusqu’à ce que la sauce caramélise et enrobe chaque morceau. Il se sert traditionnellement avec le ketupat, un gâteau de riz compressé cuit dans des feuilles de palmier tressées présent sur chaque table de Hari Raya. À leurs côtés, on trouve souvent le sayur lodeh, un curry de légumes au lait de coco, et le lontong, riz compressé servi avec une sauce épicée aux légumes.


Les semaines précédant la fête sont aussi celles des kuih : les petits gâteaux et biscuits maison qui envahissent les boîtes en métal posées sur toutes les tables lors des open houses. Parmi les classiques : les kuih makmur (sablés fourrés à la noix de cajou), les bahulu (gâteaux moelleux en forme de fleur) et les pineapple tarts, feuilletés à la confiture d’ananas, que l’on retrouve aussi bien à Hari Raya qu’au Nouvel An chinois, reflet discret du brassage culturel singapourien.


Où observer la fête à Singapour ?

Dès le premier jour du Ramadan, Geylang Serai et Kampong Glam se transforment. Les rues se parent de décorations, de guirlandes lumineuses et de banderoles souhaitant Selamat Hari Raya. L’atmosphère change bien avant le jour de la fête.
Le point de ralliement incontournable : le bazar de Geylang Serai, installé entre Wisma Geylang Serai et le Tanjong Katong Complex. Plus de 500 stands y proposent vêtements traditionnels, pâtisseries, décorations, cosmétiques et plats à emporter pendant tout le mois de Ramadan. On peut y goûter les saveurs locales et observer l’effervescence de ce mois. Le bazar fermera ses portes le 21 mars.
À quelques stations de métro, Kampong Glam et Arab Street offrent une autre ambiance, plus intime. Le quartier bourdonne d’activités autour de la mosquée du Sultan.
Une fête ouverte à tous
Ce qui rend Hari Raya particulièrement singulier à Singapour, c’est son caractère ouvert. Tout au long du mois de Syawal ou Chawal qui suit la fête, la tradition des open houses permet à chacun, quelle que soit son appartenance religieuse, d’être reçu à la table de ses voisins, amis ou collègues. Des open houses communautaires sont également organisées dans plusieurs quartiers, avec repas et animations pour tous.
Dans une ville où le multiculturalisme est à la fois une réalité quotidienne et une valeur d’État, Hari Raya incarne quelque chose de rare : une fête religieuse qui se transforme, le temps d’un mois, en invitation collective au partage.
Hari Raya Aidilfitri 2026 tombe le 21 mars.
Bochra




















